Le JOMO, acronyme de « Joy of Missing Out », nomme le plaisir ressenti lorsqu’on renonce volontairement à une sortie, à une notification ou à une tendance en ligne. Le terme se pose en réponse au FOMO, la peur de manquer quelque chose, et déplace le regard : l’absence, au lieu d’une source d’anxiété, devient un choix assumé.
Ajouter biais-psychologiques.com en tant que source préférée sur GoogleQu’est-ce que le JOMO ?
Le JOMO désigne la satisfaction éprouvée en se tenant à l’écart d’un événement social ou des sollicitations numériques, par préférence pour un moment que l’on a soi-même choisi.
L’entrepreneur américain Anil Dash a formulé le terme dans un billet de blog publié en juillet 2012¹, quelques semaines après la naissance de son fils. Resté chez lui et déconnecté pendant plus d’un mois, il a constaté qu’il ne regrettait rien de ce qu’il avait manqué, et a nommé cet état par contraste avec le FOMO décrit peu avant par son amie Caterina Fake.
Le mot a circulé lentement avant de revenir en force sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, le hashtag #JOMO dépasse les 53 millions de vues, où des internautes de tous âges racontent préférer une soirée de lecture ou de cuisine à une sortie. Le philosophe danois Svend Brinkmann lui a donné une assise plus large dans son ouvrage « The Joy of Missing Out », qui interroge la pression à maximiser chaque expérience.
FOMO et JOMO, deux versants d’une même sollicitation
Le FOMO (Fear of Missing Out) décrit l’appréhension de rater une expérience gratifiante vécue par d’autres, entretenue par l’exposition continue à des versions idéalisées de leur vie. Le sigle a été nommé en 2004 par Patrick McGinnis, dans le journal étudiant de la Harvard Business School. Sur le plan psychologique, le FOMO s’appuie en partie sur l’aversion à la perte, ce mécanisme par lequel la perspective de manquer quelque chose pèse plus lourd qu’un gain équivalent, décrit par Daniel Kahneman et Amos Tversky². La comparaison sociale permanente nourrit un sentiment de manque, même quand les images consultées ne reflètent pas la réalité.
Le JOMO renverse ce rapport : le retrait n’est plus subi mais décidé, et il s’accompagne d’un apaisement plutôt que d’une frustration. Les deux ressentis décrivent le même instant, une soirée manquée par exemple, observé de deux côtés opposés.
| Repère | FOMO | JOMO |
|---|---|---|
| Ressenti dominant | anxiété, sentiment de manque | apaisement, contentement |
| Rapport au choix | subi | assumé |
| Attitude en ligne | connexion permanente | déconnexion sélective |
| Point d’attention | ce que font les autres | ses propres besoins |
Ce que la recherche observe
La recherche a d’abord formalisé le versant anxieux. En 2013, Andrew Przybylski et ses collègues ont construit une échelle de mesure du FOMO et relié ce ressenti à une faible satisfaction des besoins psychologiques de base, soit l’autonomie, la compétence et le lien aux autres³. Les personnes dont ces besoins sont peu nourris rapportent des niveaux de FOMO plus élevés et un usage plus intensif des réseaux sociaux.
Le versant du retrait volontaire reste plus jeune comme objet d’étude. La panne mondiale de Meta du 4 octobre 2021, qui a rendu Facebook, Instagram et WhatsApp inaccessibles pendant six heures, a offert un terrain d’observation inattendu.
En interrogeant des usagers dans les deux jours qui ont suivi, Tal Eitan et Tali Gazit ont retrouvé du stress et du FOMO chez beaucoup, mais aussi, chez d’autres, un soulagement et une joie liés à la déconnexion⁴.
Des travaux sur la déconnexion choisie relèvent par ailleurs une attention plus soutenue et un sentiment de productivité plus net une fois hors ligne. Les données restant récentes, elles invitent à la prudence : le JOMO se mesure encore surtout en creux, à travers ce qu’il apaise du FOMO.
Trop de choix, et le désir qui s’émousse
Le flux sans fin de séries, d’invitations et de contenus alimente lui aussi le besoin de retrait. Passé un certain seuil, l’abondance d’options fatigue la décision et éteint l’envie, un effet étudié sous le nom de surabondance des choix.
Le JOMO répond à cette saturation par la sélection : peu d’activités, mais choisies pour elles-mêmes plutôt que par crainte de rater le reste.
Cultiver le JOMO au quotidien
Le JOMO ne réclame pas de couper tout lien avec les autres ni de bannir les écrans. Il tient plutôt à un usage choisi du temps et des outils numériques, à mi-chemin de la digital detox et de la vie sociale ordinaire. Quelques repères aident à l’installer :
- se réserver des plages sans notifications, où le téléphone reste hors de portée,
- clarifier ses priorités pour distinguer les engagements qui comptent de ceux acceptés par habitude,
- décliner une invitation sans se justifier ni culpabiliser, chaque refus libérant du temps pour ce que l’on préfère,
- revenir au moment présent par la lecture, la marche ou la cuisine, sans écran.
La pratique rejoint la méditation de pleine conscience, dont la régularité réduit le stress ressenti et soutient l’ancrage dans l’instant.
Le JOMO devient un argument de vente
Devenu tendance, le JOMO s’est mué en argument commercial.
Le tourisme propose des séjours sans wifi et des retraites silencieuses, le secteur du bien-être décline des produits censés favoriser la déconnexion, et le vocabulaire de la finance a même emprunté le terme pour nommer le soulagement de ne pas suivre un placement risqué.
Le glissement mérite attention : présenté comme un achat, le retrait volontaire perd la gratuité qui le définissait au départ. Un JOMO transformé en objectif à atteindre retrouve, par un autre chemin, la pression qu’il prétendait desserrer.
Un rapport au temps plus qu’une méthode
Le JOMO tient moins d’une technique que d’un rapport au temps : accepter de manquer certaines choses pour être davantage présent au reste. Sa portée psychologique se lit surtout en négatif, dans ce qu’il apaise du FOMO et de la comparaison permanente.
Reste à ne pas en faire une injonction supplémentaire, ce qui reviendrait à réintroduire la fatigue que le mot cherchait à écarter.
Références
- Dash, A. (2012, 19 juillet). JOMO! anildash.com.
- Kahneman, D. & Tversky, A. (1979). Prospect Theory: An Analysis of Decision under Risk. Econometrica, 47(2), 263-291.
- Przybylski, A. K., Murayama, K., DeHaan, C. R. & Gladwell, V. (2013). Motivational, emotional, and behavioral correlates of fear of missing out. Computers in Human Behavior, 29(4), 1841-1848.
- Eitan, T. & Gazit, T. (2023). No social media for six hours? The emotional experience of Meta’s global outage according to FoMO, JoMO and internet intensity. Computers in Human Behavior, 138, 107474.





