Effet d’assoupissement

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Définition de l’effet d’assoupissement

L’effet d’assoupissement (sleeper effect en anglais) est un phénomène par lequel un message issu d’une source peu crédible devient plus persuasif à mesure que le temps passe.

Au lieu de s’affaiblir comme la plupart des messages persuasifs, l’influence du propos se renforce une fois que l’auditoire a oublié qui l’avait formulé. Les psychologues sociaux Carl Hovland, Irving Janis et Harold Kelley ont décrit ce mécanisme en 1953 dans leur ouvrage Communication and Persuasion¹.

Le mot « assoupissement » renvoie à un état proche du sommeil, à une somnolence. La métaphore traduit l’idée d’un message d’abord en sommeil, dont l’influence se réveille après coup.

Le mécanisme : oublier la source, retenir le message

Notre mémoire ne stocke pas un message et son auteur de la même façon. Le contenu et la source suivent des trajectoires séparées. Avec le temps, le souvenir de qui a parlé s’estompe plus vite que le souvenir de ce qui a été dit.

Quand la source disparaît de la mémoire, le jugement que nous portions sur sa fiabilité disparaît avec elle, et le propos retrouve une force de conviction que sa provenance avait d’abord limitée.

Les chercheurs rattachent ce déroulé à l’erreur d’attribution de la source, soit la difficulté à relier une information à son origine exacte. La durée de l’effet reste liée à la mémorisation du message : plus le destinataire a investi d’attention dans son traitement, plus le propos persiste dans le temps.

L’expérience fondatrice de Hovland et Weiss (1951)

En 1951, Carl Hovland et Walter Weiss ont mené l’étude qui sert encore de référence². Ils ont présenté des textes argumentés à deux groupes : le premier recevait le message attribué à une source jugée crédible, le second la même argumentation attribuée à une source peu crédible.

Juste après la lecture, le groupe exposé à la source crédible adhérait davantage aux arguments ; quatre semaines plus tard, l’écart entre les deux groupes s’était résorbé. L’adhésion liée à la source crédible avait reculé, tandis que celle du second groupe avait progressé. Les participants se rappelaient les arguments mais avaient oublié leur provenance.

DélaiSource crédibleSource peu crédible
Court termeInfluence forteInfluence faible
Long termeInfluence en baisseInfluence en hausse

Une méta-analyse publiée en 2004 par Tarcan Kumkale et Dolores Albarracín a précisé que le phénomène ne se produit que sous des conditions définies, ce qui explique sa réputation d’effet difficile à reproduire³.

À quelles conditions le phénomène se manifeste-t-il ?

L’effet d’assoupissement reste exigeant. Plusieurs conditions doivent se combiner pour qu’un message peu crédible gagne en influence avec le temps :

  • le contenu du message et les signaux périphériques (dont la crédibilité de la source) agissent séparément sur l’attitude, sans s’influencer entre eux,
  • le destinataire analyse le message avec attention, le comprend et le stocke en mémoire,
  • un signal de rejet, par exemple une source jugée peu fiable, annule d’abord la persuasion au moment de la réception,
  • avec le temps, ce signal de rejet s’oublie plus vite que le contenu lui-même, qui reste mémorisé.

Exemples en publicité, communication politique et désinformation

En publicité, le phénomène a une conséquence directe. Le public retient le contenu d’une réclame plus longtemps que la marque ou les visages qui la portent.

Pour entretenir le lien entre un message et son émetteur, les annonceurs rediffusent des messages proches à intervalles réguliers et conservent les mêmes acteurs d’une campagne à l’autre.

La répétition rejoint l’effet de simple exposition, par lequel la familiarité avec un stimulus augmente l’adhésion qu’on lui accorde.

En communication politique, le calcul s’inverse parfois. Un émetteur dont la crédibilité est faible a intérêt à espacer ses messages : avec le temps, l’auditoire oublie qui a parlé mais retient le propos.

Le phénomène éclaire aussi la lutte contre les fausses informations. Une étude de Robin Grady, Peter Ditto et Elizabeth Loftus, publiée en 2021, a testé les labels d’avertissement apposés sur les contenus trompeurs des réseaux sociaux⁴. Un avertissement placé avant le contenu se mémorise mieux à court terme, mais après deux semaines cet avantage s’efface et les participants ne reliaient plus le contenu douteux à son label. Le souvenir du message survit à celui de l’avertissement, et l’information trompeuse regagne en crédibilité dès qu’elle réapparaît sans signalement. L’étude relève par ailleurs que les participants jugeaient plus crédibles les contenus faux rejoignant leurs opinions politiques, un effet proche du biais de confirmation.

Se prémunir de l’effet d’assoupissement

Quelques réflexes limitent l’emprise du phénomène :

  • noter la source d’une information dès sa réception et l’associer explicitement au contenu,
  • revérifier l’origine d’un propos avant de le relayer, surtout après un délai,
  • se méfier des messages qui reviennent sans rappel de leur provenance,
  • distinguer la valeur d’un argument de la familiarité qu’on a fini par développer avec lui.

Références scientifiques

  1. Hovland, C. I., Janis, I. L., & Kelley, H. H. (1953). Communication and Persuasion: Psychological Studies of Opinion Change. Yale University Press.
  2. Hovland, C. I., & Weiss, W. (1951). The influence of source credibility on communication effectiveness. Public Opinion Quarterly, 15(4), 635-650.
  3. Kumkale, G. T., & Albarracín, D. (2004). The sleeper effect in persuasion: A meta-analytic review. Psychological Bulletin, 130(1), 143-172.
  4. Grady, R. H., Ditto, P. H., & Loftus, E. F. (2021). Nevertheless, partisanship persisted: fake news warnings help briefly, but bias returns with time. Cognitive Research: Principles and Implications, 6(1), 1-16.
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