Peter Cathcart Wason
Peter Cathcart Wason (1924-2003) compte parmi les fondateurs de la psychologie du raisonnement. Psychologue cognitif à l’University College de Londres, il a forgé l’expression « biais de confirmation » et conçu plusieurs épreuves devenues des références dans l’étude du raisonnement humain, parmi lesquelles la tâche 2-4-6, la tâche de sélection et le problème THOG⁴.

Informations biographiques :
Date de naissance : 22 avril 1924, Bath (Angleterre).
Date de décès : 17 avril 2003, Wallingford (Angleterre).
Nationalité : Britannique.
Professions : psychologue cognitif, spécialiste de la psychologie du raisonnement, professeur d’université.
Formation : université d’Oxford, University College de Londres.
Institution : University College de Londres.
Distinctions : –
Théories/Concepts clés :
Biais de confirmation,
Tâche de sélection de Wason (tâche à quatre cartes),
Tâche 2-4-6,
Problème THOG,
Illusion verbale de Wason,
Biais d’appariement,
Psychologie du raisonnement
Repères biographiques
Wason mène d’abord des études littéraires avant de bifurquer vers la psychologie. Né le 22 avril 1924 à Bath, il sert pendant la Seconde Guerre mondiale comme officier de liaison dans une brigade blindée, puis rentre en 1945 après avoir été réformé à la suite de blessures.
Il étudie l’anglais à Oxford, enseigne quelque temps à l’université d’Aberdeen, puis se tourne vers la psychologie à l’University College de Londres, où il obtient son doctorat en 1956.
Il y enseigne jusqu’à sa retraite, au début des années 1980. Marié à Marjorie Vera Salberg en 1951, père de deux filles, il fut aussi maître international de jeu d’échecs par correspondance, passion à laquelle il consacra un ouvrage.
Aux origines de la psychologie du raisonnement
Avant ses travaux, l’idée dominante voulait que l’esprit humain raisonne par analyse logique. Wason conteste cette position : selon lui, les individus se montrent souvent incapables de raisonner de façon strictement logique et cèdent fréquemment à des biais.
Lecteur de Karl Popper, il emprunte au philosophe la notion de réfutabilité et construit ses épreuves pour observer si les personnes cherchent à infirmer leurs hypothèses ou seulement à les confirmer.
Ses premières recherches relèvent de la psycholinguistique. Avec Sheila Jones, il observe que les affirmations sont jugées vraies plus rapidement que fausses, alors que les énoncés négatifs sont jugés faux plus vite que vrais⁷.
Il en déduit que la négation sert, dans le langage courant, à corriger une idée fausse.
Le biais de confirmation
On doit à Wason l’expression « biais de confirmation »¹. Le terme désigne la tendance à privilégier les informations qui confortent une hypothèse ou une croyance préexistante, sans rechercher les éléments susceptibles de la contredire.
Ses épreuves sur le raisonnement en ont fourni les premières démonstrations expérimentales. Le phénomène figure aujourd’hui parmi les biais cognitifs les plus documentés.
Des épreuves devenues des classiques
La tâche 2-4-6 (1960)
En 1960, Wason met au point une première épreuve destinée à observer les ratés du raisonnement¹. L’expérimentateur a en tête une règle qui s’applique à des triplets de nombres, par exemple « toute suite croissante ». Il annonce le triplet 2-4-6, puis demande au participant de deviner la règle en proposant ses propres triplets. La plupart des personnes formulent une hypothèse plus étroite que nécessaire, puis ne testent que des exemples qui la confirment, au lieu d’essayer des cas susceptibles de l’invalider.
La tâche de sélection (1966)
La tâche de sélection, ou tâche à quatre cartes, a donné lieu à un grand nombre de travaux².
Quatre cartes portent une lettre sur une face et un chiffre sur l’autre. Le participant doit indiquer quelles cartes retourner pour vérifier une règle du type « si une carte porte un D, alors elle porte un 5 au dos ». Une minorité de participants répond correctement, la plupart oubliant la carte qui permettrait de réfuter la règle. L’erreur met en jeu un biais de vérification et un biais d’appariement, qui consiste à se focaliser sur les éléments cités dans l’énoncé. L’épreuve est disponible sous forme d’outil interactif « Test de Wason » pour s’y confronter directement.
Reformulée avec un contenu concret et une norme sociale, par exemple le contrôle de l’âge pour la consommation d’alcool, la même structure logique produit beaucoup moins d’erreurs³. Le résultat a nourri un long débat sur les mécanismes en jeu, entre partisans d’un module de détection des tricheurs et tenants d’une explication par la pertinence du contexte⁸ ⁹.
Le problème THOG
Le problème THOG demande une analyse combinatoire à partir de cartes définies par une forme et une couleur⁶. Près de la moitié des participants échoue, la difficulté tenant à la quantité d’informations à traiter simultanément en mémoire de travail.
L’illusion verbale de Wason
En 1979, avec Shuli Reich, Wason décrit une illusion verbale⁵. Une phrase grammaticalement complexe comme « Aucune blessure à la tête n’est trop bénigne pour être ignorée » conduit la plupart des lecteurs à comprendre l’inverse de son sens littéral. L’attente pragmatique l’emporte alors sur l’analyse syntaxique.
| Épreuve | Année | Ce que l’épreuve met en évidence |
|---|---|---|
| Tâche 2-4-6 | 1960 | Recherche d’exemples confirmant l’hypothèse |
| Tâche de sélection | 1966 | Difficulté à mobiliser la réfutation (modus tollens) |
| Problème THOG | 1979 | Charge sur la mémoire de travail lors de l’analyse combinatoire |
| Illusion verbale | 1979 | Primauté du sens plausible sur le sens littéral |
Une façon de mener l’expérimentation
Wason adopte une démarche peu courante pour l’époque.
Il tient à être présent pendant ses expériences pour observer directement le comportement des participants, et les interroge sur leur ressenti face à l’épreuve et à ses résultats.
Ces échanges, consignés dans ses articles, donnent à ses publications une tonalité plus personnelle que celle des travaux universitaires contemporains.
Son objectif affiché reste la découverte de phénomènes nouveaux, au-delà de la vérification de ses propres hypothèses.
Postérité
Wason a formé des chercheurs qui ont prolongé son programme, notamment Philip Johnson-Laird, à l’origine de la théorie des modèles mentaux, et Jonathan St B. T. Evans.
La notion de biais de confirmation qu’il a nommée s’est ensuite intégrée au répertoire des biais cognitifs étudié par des chercheurs comme Daniel Kahneman et Amos Tversky.
La tâche de sélection, quant à elle, continue d’alimenter les recherches en psychologie du raisonnement.
Publications principales
- Thinking and Reasoning, codirigé avec Philip Johnson-Laird (1968),
- Psychology of Reasoning: Structure and Content, avec Philip Johnson-Laird (1972),
- Thinking: Readings in Cognitive Science, codirigé avec Philip Johnson-Laird (1977),
- The Psychology of Chess, avec William Hartston (1983).
Références
- ¹ Wason, P. C. (1960). On the failure to eliminate hypotheses in a conceptual task. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 12(3), 129-140.
- ² Wason, P. C. (1968). Reasoning about a rule. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 20(3), 273-281.
- ³ Wason, P. C., & Shapiro, D. (1971). Natural and contrived experience in a reasoning problem. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 23(1), 63-71.
- ⁴ Wason, P. C., & Johnson-Laird, P. N. (1972). Psychology of Reasoning: Structure and Content. Harvard University Press.
- ⁵ Wason, P. C., & Reich, S. S. (1979). A verbal illusion. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 31(4), 591-597.
- ⁶ Wason, P. C., & Brooks, P. G. (1979). THOG: The anatomy of a problem. Psychological Research, 41(1), 79-90.
- ⁷ Wason, P. C., & Jones, S. (1963). Negatives: Denotation and connotation. British Journal of Psychology, 54(4), 299-307.
- ⁸ Johnson-Laird, P. N., Legrenzi, P., & Legrenzi, M. S. (1972). Reasoning and a sense of reality. British Journal of Psychology, 63(3), 395-400.
- ⁹ Griggs, R. A., & Cox, J. R. (1982). The elusive thematic-materials effect in Wason’s selection task. British Journal of Psychology, 73(3), 407-420.
