Biais de saillance

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Qu’est-ce que le biais de saillance ?

Le biais de saillance, aussi nommé effet de saillance ou saillance perceptive, correspond à la propension à privilégier les informations marquantes et à écarter celles qui n’attirent pas le regard.

La saillance d’un élément tient à son contraste avec ce qui l’entoure, à la manière d’un mouton noir au milieu d’un troupeau blanc, ou d’une alarme qui retentit dans une rue calme.

Elle ne provient pas uniquement d’une caractéristique visible : un facteur émotionnel ou un souvenir personnel peut rendre un détail saillant. Le cerveau hiérarchise alors son attention et place ces éléments au premier plan, sans vérifier leur pertinence objective.

Pourquoi notre attention privilégie-t-elle les éléments saillants ?

Plusieurs mécanismes se combinent pour orienter l’attention. Le contraste agit en premier : un stimulus qui se détache de son contexte mobilise spontanément le système sensoriel, qu’il s’agisse de la vue, de l’ouïe ou de l’odorat.

La facilité cognitive intervient ensuite. Le psychologue Daniel Kahneman a montré que l’esprit évite les efforts coûteux et s’appuie volontiers sur ce qui se perçoit sans calcul, une économie mentale qui ouvre la porte à de nombreux biais¹.

L’apprentissage et les centres d’intérêt jouent enfin un rôle : un piéton ne fixe la circulation qu’au moment de traverser, et un professionnel de la mode remarque les vêtements là où un mélomane retient une mélodie.

Le biais de saillance au quotidien

Les situations où ce mécanisme oriente nos choix sont nombreuses. L’attention se porte sur l’élément voyant, tandis que des paramètres moins visibles, pourtant utiles à la décision, passent au second plan.

Les économistes Hunt Allcott et Nathan Wozny ont observé que les acheteurs de voitures sous-évaluent le coût futur du carburant face au prix d’achat et aux attributs visibles du véhicule².

En finance, Mathijs Cosemans et Rik Frehen ont relevé un schéma comparable : les investisseurs surévaluent les actions aux performances spectaculaires et sous-estiment celles qui ont subi des pertes³.

ContexteÉlément saillant retenuInformation négligée
Achat d’un véhiculedesign et équipements visiblescoût du carburant sur la durée
Suivi de l’actualitéfaits violents fortement médiatisésprobabilité réelle d’y être confronté
Promotion commercialeéconomie affichée d’une offre groupéeutilité réelle du produit
Choix d’investissemententreprise « à la mode », gains récentsfondamentaux économiques

Quelles conséquences sur la prise de décision ?

Au niveau individuel, le biais de saillance pousse vers des décisions qui écartent des données pourtant utiles.

Une personne renonce à une alimentation équilibrée parce que l’odeur et le goût d’un plat gras s’imposent davantage que ses effets sur la santé.

Le mécanisme rejoint le biais attentionnel, où le regard se fixe sur certains stimuli au détriment du reste, et alimente le biais de disponibilité, un évènement marquant paraissant plus fréquent qu’il ne l’est réellement.

À l’échelle des entreprises, des erreurs de planification apparaissent quand des tâches peu visibles, comme les démarches administratives, restent hors de l’estimation.

La protection de l’environnement rencontre le même frein : le confort immédiat d’une douche chaude pèse davantage que des coûts d’énergie diffus et différés.

Comment limiter l’influence du biais de saillance ?

Reconnaître le mécanisme constitue un premier pas. Plusieurs habitudes réduisent ensuite son emprise sur le jugement :

  • marquer une pause avant une décision lourde de conséquences, afin de dépasser la première impression,
  • rechercher les informations peu visibles et les explications alternatives,
  • s’appuyer sur des données chiffrées plutôt que sur la seule intuition,
  • recourir à un retour d’information en temps réel, dont les travaux mesurent l’effet sur les comportements⁴,
  • décider à partir de critères définis à l’avance ou d’une liste de contrôle.

Aux origines du concept

Les psychologues Shelley Taylor et Susan Fiske ont introduit la notion de saillance perceptive en 1975⁵.

Lors de leur expérience, des observateurs assistaient à une conversation entre deux personnes, puis attribuaient les causes de l’échange. Ils désignaient davantage la personne dont le visage restait le mieux visible, signe que la position d’un élément dans le champ perceptif oriente l’interprétation.

Les travaux ultérieurs ont étendu la notion à l’économie et au droit. Pedro Bordalo, Nicola Gennaioli et Andrei Shleifer ont formalisé une théorie de la saillance appliquée aux choix risqués⁶, tandis que la juriste Deborah Schenk a analysé son exploitation dans la conception de l’impôt⁷.


Références

  • ¹ Kahneman, D. (2011). Thinking, Fast and Slow. Farrar, Straus and Giroux.
  • ² Allcott, H., & Wozny, N. (2014). Gasoline Prices, Fuel Economy, and the Energy Paradox. The Review of Economics and Statistics, 96(5), 779-795.
  • ³ Cosemans, M., & Frehen, R. (2021). Salience theory and stock prices: Empirical evidence. Journal of Financial Economics, 140(2), 460-483.
  • ⁴ Tiefenbeck, V., Goette, L., Degen, K., Tasic, V., Fleisch, E., Lalive, R., & Staake, T. (2018). Overcoming Salience Bias: How Real-Time Feedback Fosters Resource Conservation. Management Science, 64(3), 1458-1476.
  • ⁵ Taylor, S. E., & Fiske, S. T. (1975). Point of view and perceptions of causality. Journal of Personality and Social Psychology, 32(3), 439-445.
  • ⁶ Bordalo, P., Gennaioli, N., & Shleifer, A. (2012). Salience theory of choice under risk. The Quarterly Journal of Economics, 127(3), 1243-1285.
  • ⁷ Schenk, D. H. (2011). Exploiting the Salience Bias in Designing Taxes. Yale Journal on Regulation, 28(2).
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