John Ridley Stroop

John Ridley Stroop (1897-1973) est un psychologue expérimental américain connu pour avoir développé le test de Stroop. Cette expérience met en évidence l’interférence cognitive qui se produit lorsque notre cerveau traite automatiquement la lecture d’un mot plutôt que l’identification de sa couleur d’impression.

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John Ridley Stroop naît le 21 mars 1897 dans une petite communauté agricole du comté de Rutherford, dans le Tennessee¹. Second plus jeune d’une fratrie de six enfants, il grandit dans une famille de fermiers. Sa constitution fragile le dispense des travaux agricoles, lui permettant de se consacrer aux études¹.

Son parcours académique débute au David Lipscomb College de Nashville, où il obtient son diplôme avec les honneurs en 1921. Cette même année, il épouse Zelma Dunn, avec qui il aura trois enfants¹. Pour financer ses études supérieures, Stroop cumule plusieurs emplois : concierge, bibliothécaire, et enseignant¹.

En 1933, il obtient son doctorat en psychologie expérimentale au George Peabody College. Sa thèse de doctorat, publiée en 1935 dans The American Journal of Experimental Psychology, introduit ce qui deviendra l’effet Stroop². Paradoxalement, après cette découverte majeure, Stroop s’éloigne progressivement de la recherche psychologique pour se consacrer à ses convictions religieuses.

L’effet Stroop est un phénomène d’interférence cognitive : notre cerveau lit automatiquement les mots avant d’identifier leur couleur d’impression². Ce traitement défini la différence entre les processus automatiques et contrôlés de traitement de l’information.

Le protocole expérimental conçu par Stroop consiste à présenter des noms de couleurs imprimés dans une encre de couleur différente. Par exemple, le mot « rouge » apparaît en encre bleue. Les participants doivent nommer la couleur de l’encre (traitement contrôlé) plutôt que lire le mot (traitement automatique)². Le délai observé dans cette tâche démontre l’interférence entre ces deux processus.

James McKeen Cattell avait déjà exploré des phénomènes similaires sous la supervision de Wilhelm Wundt, mais Stroop fut le premier à combiner le mot et sa caractéristique visuelle dans un même stimulus². Il distingue ainsi les « stimuli congruents » (mot « rouge » en encre rouge) des « stimuli incongrus » (mot « rouge » en encre bleue).

Cette recherche s’inscrit dans une lignée de travaux remontant aux débuts de la psychologie expérimentale. Cependant, l’approche de Stroop synthétise les idées et procédures de la littérature psychologique existante¹.

Le test de Stroop trouve aujourd’hui de nombreuses applications cliniques et expérimentales. Les psychologues l’utilisent pour diagnostiquer les troubles de l’apprentissage chez l’enfant et évaluer l’attention sélective². Une performance déficitaire peut indiquer un biais attentionnel ou révéler certains troubles comme le TDAH.

Dans les années 1980, une version émotionnelle du test emerge. Cette variante présente des mots à valence positive (« fleurs », « vacances ») ou négative (« peur », « obscurité »). Les observations révèlent que les personnes dépressives montrent des délais accrus pour les mots négatifs³, tandis que les patients anxieux ralentissent face aux mots menaçants⁴.

Les neurosciences ont identifié le réseau fronto-pariétal comme substrat neurologique de l’effet Stroop². Cette découverte soutient les théories du double processus, notamment le modèle Système 1/Système 2 de Daniel Kahneman, qui décrit les mécanismes de prise de décision automatique versus délibérée.

Le test trouve également des applications en neuropsychologie pour évaluer les fonctions exécutives et l’inhibition cognitive. Plus de 700 études ont utilisé l’effet Stroop depuis sa publication¹, témoignant de sa robustesse expérimentale.

L’influence de Stroop dépasse largement le cadre de la psychologie expérimentale. Ses travaux ont ouvert la voie à des décennies de recherches sur l’attention sélective et les processus inhibiteurs. L’effet Stroop illustre comment certains mécanismes cognitifs, comme la lecture, fonctionnent de manière automatique.

Cette découverte trouve des échos dans d’autres phénomènes étudiés sur ce site. L’automaticité de la lecture rappelle l’effet de simple exposition, où la familiarité influence nos jugements. De même, l’interférence cognitive observée dans le test de Stroop évoque la dissonance cognitive, où des informations contradictoires créent un inconfort mental.

Les recherches contemporaines continuent d’exploiter le paradigme de Stroop. Les psychologues cognitifs s’en servent pour comprendre les mécanismes attentionnels, tandis que les cliniciens l’emploient dans l’évaluation neuropsychologique. Cette pérennité témoigne de la perspicacité théorique de Stroop.

L’effet porte désormais son nom dans la littérature scientifique internationale, consacrant son apport à la compréhension des processus mentaux. Rares sont les phénomènes psychologiques à avoir conservé une telle actualité près d’un siècle après leur découverte.

Malgré sa renommée scientifique, la psychologie ne constituait pas la priorité de Stroop. Comme le souligne Colin MacLeod : « La Bible, et non la psychologie, était l’œuvre de sa vie »¹. Cette dimension spirituelle influence profondément son parcours professionnel.

Dès ses vingt ans, Stroop prêche chaque dimanche dans diverses églises du Tennessee, parcourant souvent de longues distances en train¹. Il tient des registres détaillés de ses prêches, documentant les lieux et sujets abordés. À David Lipscomb College, il enseigne parallèlement la Bible et la psychologie, proposant des séminaires sur « comment vivre selon la Bible ».

Sa production littéraire reflète cette priorité religieuse. Il publie plusieurs ouvrages basés sur ses enseignements bibliques, notamment la trilogie « God’s Plan and Me »¹. Ces textes servent de références dans les écoles chrétiennes et les classes de formation biblique.

Après son doctorat, Stroop ne publie que deux autres articles sur le test de couleur-mot, préférant se consacrer à sa mission d’enseignement religieux. Il occupe diverses fonctions administratives à David Lipscomb : registraire pendant onze ans, puis président du département de psychologie de 1948 à 1964¹.

Stroop s’éteint le 1er septembre 1973 à l’âge de 76 ans. Son testament intellectuel révèle un homme partagé entre excellence scientifique et engagement spirituel, ayant légué à la postérité l’un des tests les plus utilisés en psychologie expérimentale.

Publications originales de John Stroop

  • Stroop, J. R. (1935). Studies of interference in serial verbal reactions. Journal of Experimental Psychology, 18, 643-662.
  • Stroop, J. R. (1932). Is the judgment of the group better than that of the average member of the group? Journal of Experimental Psychology, 15, 550-562.
  • Stroop, J. R. (1935). The basis of Ligon’s theory. American Journal of Psychology, 47, 499-504.

Recherches contemporaines sur l’effet Stroop

  • MacLeod, C. M. (1991). John Ridley Stroop: Creator of a landmark cognitive task. Canadian Psychology/Psychologie canadienne, 32(3), 521-524.
  • Jensen, A. R. & Rohwer, W. D. (1966). The Stroop color-word test: A review. Acta Psychologica, 25, 36-93.
  • Gotlib, I. H., & McCann, C. D. (1984). Construct accessibility and depression: An examination of cognitive and affective factors. Journal of Personality and Social Psychology, 47(2), 427.
  • Mathews, A., & MacLeod, C. (1986). Discrimination of threat cues without awareness in anxiety states. Journal of Abnormal Psychology, 95(2), 131.
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