Paréidolie

paréidolie
Temps de lecture : 4 minutes

Résumer ce contenu avec un assistant IA

Demandez à votre assistant IA préféré de vous résumer, détailler ou approfondir ce contenu.

ChatGPTPerplexityGrok

Définition de la paréidolie

La paréidolie est un phénomène psychologique par lequel notre cerveau transforme des stimuli visuels ou auditifs ambigus en formes familières et reconnaissables.

Du grec ancien para (à côté de) et eidôlon (apparence, forme), cette tendance cognitive nous amène à percevoir des visages, des animaux ou des objets dans des éléments aléatoires tels que les nuages ou les formations rocheuses.

Mécanismes cognitifs de la paréidolie

Le processus de paréidolie illustre la nature constructive de notre perception, contrairement à une simple réception passive d’informations visuelles, notre cerveau interprète activement les données sensorielles en les comparant à des modèles déjà stockés dans notre mémoire.

Les mécanismes cognitifs sous-jacents montrent la façon que possède notre esprit à privilégier la reconnaissance de motifs familiers plutôt que d’accepter l’ambiguïté ou le chaos apparent. Ce processus s’apparente à l’illusion des séries, où notre cerveau détecte des motifs même dans des données aléatoires.

Les recherches ont montrées que chaque individu peut percevoir des formes différentes dans un même stimulus, ce qui démontre également l’influence de nos expériences personnelles, de notre culture et de nos attentes sur notre perception.

Liste et exemples de paréidolie imagées

Les bases neurobiologiques de la Paréidolie

La FFA (aire fusiforme des visages) – région du cerveau pour le traitement des visages

L’aire fusiforme des visages (FFA), située dans le gyrus fusiforme du lobe temporal, constitue le siège principal du traitement des informations liées aux visages[2]. Des études en neuroimagerie révèlent que cette zone s’active non seulement lors de la perception de vrais visages, mais également lorsque nous percevons des paréidolies faciales dans des objets inanimés.

Le lobe temporal – région du cerveau pouvant intensifier les paréidolies

Les neurosciences modernes identifient plusieurs régions cérébrales impliquées dans le phénomène de paréidolie. Le siège cérébral de la fonction permettant de déceler des formes, extrêmement importante pour la socialisation et le développement de l’espèce, se situe dans le lobe temporal. Une lésion de cette zone peut entraîner des troubles de reconnaissance visuelle comme la prosopagnosie, tout en pouvant paradoxalement intensifier les paréidolies.

Des recherches récentes menées par l’Université de Sydney ont démontré un fait remarquable : le cerveau traite ces « faux » visages de la même manière que les réels[1].

Le processus neurologique s’avère particulièrement rapide. En électroencéphalographie (EEG), la présentation de l’image d’un visage engendre un potentiel évoqué en seulement 170 ms environ[3].

La paréidolie en psychiatrie

Les travaux de de Schonen apportent un éclairage sur les mécanismes précoces de reconnaissance faciale : les traitements des visages mobilisent des mécanismes neuronaux variés. Certains sont spécifiques aux visages, d’autres partagés avec le traitement d’objets visuels. Une partie résulte d’une spécialisation progressive lors des interactions avec les visages, tandis que d’autres mécanismes sont déjà amorcés à la naissance par des réseaux neuronaux hérités de l’évolution des primates.

La spécialisation hémisphérique apparaît remarquablement tôt. Entre six et neuf mois, l’hémisphère droit se spécialise dans le traitement configural des visages, cette capacité à analyser les relations spatiales entre les éléments faciaux plutôt que les traits isolés. Les réseaux spécifiques du cortex visuel fonctionnent dès la naissance. Les nouveau-nés différencient le visage de leur mère de celui d’une étrangère en quelques jours. Des nourrissons de quatre jours, après familiarisation avec la photo d’un visage étranger, le reconnaissent immédiatement et même après deux minutes.

Le visage remplit diverses fonctions :

  • reconnaissance de l’espèce,
  • reconnaissance de l’identité, des émotions,
  • des signaux de communication,
  • établissement de l’attachement.

L’expérience de l’enfant façonne le système de traitement en le rendant plus spécifique et probablement plus efficace aux visages présents dans son environnement. Cette plasticité du système perdure au-delà de la petite enfance, comme le montrent les études sur les enfants adoptés dans une ethnie différente qui apprennent rapidement à discriminer les nouveaux visages de leur environnement.

Un phénomène résultant de l’évolution

L’avantage évolutionnaire de la paréidolie réside dans sa fonction de survie primitive. Nos ancêtres qui pouvaient rapidement détecter la présence d’un prédateur ou d’un congénère dans leur environnement possédaient un avantage adaptatif considérable[6].

La tendance aux « faux positifs » plutôt qu’aux « faux négatifs » démontre cette logique : il s’avère préférable de percevoir une menace inexistante que de manquer une menace réelle. Ainsi, les erreurs se font presque toutes dans la même « direction » : des faux positifs (reconnaître une présence qui n’est pas là) plutôt que des faux négatifs (ne pas reconnaître une présence).

Le développement de cette capacité débute très tôt dans la vie, des études révèlent que chez les nourrissons âgés de 10 et 12 mois, la perception des visages paréidoliques se développe vers 8 à 10 mois après la naissance[4].

L’universalité du phénomène chez les primates renforce l’hypothèse évolutionnaire. Des études ont observé le phénomène chez les singes, suggérant que la fonction cérébrale a été héritée des primates[5].

Paréidolie dans l’art

Le domaine artistique exploite délibérément la paréidolie, Giuseppe Arcimboldo, maître de ce style au XVIe siècle, compose ses portraits à partir de fruits, légumes ou objets divers, créant des œuvres où deux niveaux de perception coexistent.

L’art contemporain continue d’explorer ces possibilités, notamment à travers les œuvres d’Oleg Shuplyak qui dissimule des visages de célébrités dans ses paysages.

Le test de Rorschach

Le test de Rorschach est l’application clinique la plus célèbre de la paréidolie, test psychologique exploitant notre tendance à projeter des significations personnelles sur des formes ambiguës. Les interprétations révèlent des aspects de notre psyché et de nos représentations mentales.


Références scientifiques

  • [1] Palmer, C. J., Lawson, R. P., & Hohwy, J. (2017). The concept of hypopriors in perception and cognition. Psychological Science, 28(9), 1320-1332.
  • [2] Kanwisher, N., McDermott, J., & Chun, M. M. (1997). The fusiform face area: a module in human extrastriate cortex specialized for face perception. Journal of Neuroscience, 17(11), 4302-4311.
  • [3] Liu, J., Li, J., Feng, L., Li, L., Tian, J., & Lee, K. (2014). Seeing Jesus in toast: Neural and behavioral correlates of face pareidolia. Cortex, 53, 60-77.
  • [4] de Schonen, S. (2009). Percevoir un visage dans la petite enfance. L’Évolution psychiatrique, 74(1), 27-54.
  • [5] Guthrie, S. E. (1993). Faces in the Clouds: A New Theory of Religion. Oxford University Press.
  • [6] Haidt, J. (2013). The Righteous Mind: Why Good People are Divided by Politics and Religion. New York, Vintage Books, 501 p.
Retour en haut