Qu’est-ce que l’effet de récence ?
L’effet de récence (ou biais de récence) est un biais cognitif qui nous amène à mieux mémoriser et rappeler les informations présentées en dernier dans une séquence, par rapport à celles rencontrées plus tôt.
Concrètement, si l’on vous présente une liste de dix mots à retenir, vous aurez naturellement tendance à vous souvenir plus facilement des trois ou quatre derniers éléments.
Ce phénomène psychologique fait partie intégrante de l’effet de position sérielle, aux côtés de l’effet de primauté, qui privilégie quant à lui les premières informations reçues.
Différences entre effet de récence et effet de primauté
L’effet de récence se distingue de l’effet de primauté par les mécanismes de mémoire impliqués.
Alors que les premières informations s’ancrent dans notre mémoire à long terme, les dernières demeurent actives dans notre mémoire à court terme, ce qui explique leur accessibilité immédiate.
Les mécanismes cognitifs de l’effet de récence
L’effet de récence trouve son origine dans le fonctionnement particulier de notre mémoire à court terme, qui possède une capacité et une durée de stockage limitées. Les recherches en neuropsychologie démontrent que seules les informations récemment acquises restent actives dans ce système mnésique, les rendant plus facilement récupérables.
Le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus fut le premier à observer ce phénomène en 1885, à travers ses expériences d’auto-apprentissage de listes de mots. Ses travaux révélèrent que la capacité à se rappeler précisément les éléments d’une liste dépendait directement de leur position dans cette séquence.
Les recherches ultérieures de Postman et Phillips (1965)1, puis de Glanzer et Cunitz (1966)2, confirmèrent ces observations. Leurs expériences montrèrent que lors d’un rappel immédiat, les premiers et derniers éléments d’une liste présentaient les meilleures probabilités de mémorisation. Toutefois, après un délai de 15 à 30 secondes, seul l’effet de primauté persistait, l’effet de récence disparaissant progressivement.
Bennett Murdock Jr approfondit cette compréhension en 1962 par une étude empirique rigoureuse3. Il présenta à des participants des listes de mots de longueurs variables (10 à 40 mots) et observa que la probabilité de se souvenir du premier et du dernier élément pouvait être jusqu’à deux fois supérieure à celle des éléments centraux.
Impact sur notre quotidien et nos décisions
L’effet de récence façonne nos interactions quotidiennes de manière subtile mais persistante. Lors de conversations importantes, nous accordons généralement plus de crédit aux derniers éléments échangés. Cette tendance peut nous amener à modifier notre opinion initiale en fonction des dernières informations reçues, même si elles ne sont pas nécessairement plus pertinentes.
Dans l’éducation, les enseignants peuvent observer que leurs élèves retiennent mieux les concepts abordés en fin de cours. Cette connaissance peut être mise à profit pour structurer les apprentissages de manière plus efficace, en plaçant les notions fondamentales en conclusion des séances pédagogiques.
L’effet de récence influence également nos choix de consommation. Face à une série d’options présentées séquentiellement, nous tendons à privilégier les dernières alternatives proposées, même si des options antérieures auraient pu mieux correspondre à nos besoins réels.
Stratégies pour déjouer l’effet de récence
L’instauration de délais de réflexion avant la prise de décision offre une protection efficace. Accorder du temps à l’analyse permet aux informations récentes de quitter notre mémoire à court terme et restaure un équilibre dans l’évaluation de l’ensemble des éléments disponibles.
Pour les professionnels confrontés à des évaluations multiples (recruteurs, formateurs, évaluateurs), la standardisation des processus et l’utilisation de grilles d’évaluation structurées limitent l’impact de ce biais.
Références :
- Postman, L. & Phillips, L. W. (1965). Short-term Temporal Changes in Free Recall. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 17(2), 132–138
- Glanzer, M. & Cunitz, A. R. (1966). Two storage mechanisms in free recall. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 5(4), 351–360
- Murdock, B. B. Jr. (1962). The serial position effect of free recall. Journal of Experimental Psychology, 64(5), 482–488
- Schweitzer, K. & Nuñez, N. (2021). The effect of evidence order on jurors’ verdicts. Applied Cognitive Psychology, 35(6), 1510–1522
- Ebbinghaus, H. (1885). Memory: A Contribution to Experimental Psychology
- Murdock, B. B. Jr. (1962). The serial position effect of free recall. Journal of Experimental Psychology, 64(5), 482–488
- Costabile, K. & Klein, S. (2005). Finishing Strong: Recency Effects in Juror Judgments. Basic and Applied Social Psychology, 27(1), 47–58




