Biais de fixation

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Définition du biais de fixation

Le biais de fixation est la tendance à nous enfermer dans une approche spécifique lors de la résolution d’un problème.

Une première idée capte notre attention et freine l’exploration d’alternatives, même lorsque celles-ci seraient plus efficaces.

Nous produisons rapidement des idées conventionnelles puis persévérons dans cette direction, y compris lorsqu’on nous demande explicitement de faire preuve de créativité.

Mécanismes psychologiques

Sarnoff Mednick (1962) a montré que le cerveau active d’abord inconsciemment les souvenirs et expériences étroitement associés au problème, générant automatiquement les solutions correspondant aux schémas familiers avant d’accéder progressivement à des connaissances plus éloignées en mémoire1. Ce mécanisme s’apparente au biais de disponibilité, où nous nous appuyons sur les informations immédiatement accessibles plutôt que de rechercher des alternatives moins évidentes. La génération de solutions innovantes sollicite intensément les fonctions exécutives, ce qui explique pourquoi les personnes ayant des capacités intellectuelles élevées produisent des idées originales plus rapidement et résistent mieux à l’influence d’exemples préétablis.

Des études menées à l’université d’Essex révèlent que le biais se développe avec l’âge : absent chez les enfants de 5 ans qui manquent d’expérience préalable, il apparaît dès 7 ans lorsqu’ils commencent à traiter les objets selon leur usage conventionnel. L’expérience renforce le phénomène en ancrant des habitudes de résolution qui deviennent difficiles à contourner, créant une forme d’ancrage mental sur nos méthodes habituelles.

Découverte de la fixité fonctionnelle et du biais de fixation en 1945

Karl Duncker a défini la fixité fonctionnelle en 1945 comme un blocage mental lors de l’utilisation d’un objet d’une nouvelle manière. Son expérience présentait aux participants une bougie, des allumettes et une boîte de punaises avec pour consigne de fixer la bougie au mur sans qu’elle coule. La plupart tentaient de fixer la bougie directement sans réaliser qu’ils pouvaient utiliser la boîte comme porte-bougie. Une variante en 1952 montrait que lorsqu’on présentait la boîte vide séparément, les participants résolvaient le problème deux fois plus souvent, la boîte n’étant plus mentalement associée à sa fonction de contenant.

Les chercheurs mesurent aujourd’hui le biais en demandant d’imaginer des utilisations alternatives pour des objets quotidiens : une personne générant d’abord des idées conventionnelles (protéger les pieds avec une chaussure) avant des idées créatives (fabriquer un filet avec les lacets) manifeste probablement ce biais.

Exemples de l’impact du biais de fixation

Le Post-it chez 3M

En 1968, Spencer Silver, chercheur chez 3M, développe accidentellement une colle faible qui ne colle pas de manière permanente. Pendant 5 ans, personne ne trouve d’application à cette « colle ratée » car l’objectif fixé était de créer des adhésifs toujours plus forts. En 1974, Art Fry, collègue de Silver, cherche une solution pour marquer les pages de son recueil de cantiques sans les abîmer. Il réalise que la colle « défectueuse » répond parfaitement à ce besoin différent. Le Post-it est commercialisé en 1980 et génère aujourd’hui plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel pour 3M.

Netflix et la location de DVD

En 2007, Netflix génère 1,2 milliard de dollars avec son service de location de DVD par courrier, comptant 7,5 millions d’abonnés. L’entreprise teste le streaming dès 2007 avec un catalogue limité de 1000 titres, alors que l’industrie cinématographique se focalise sur l’amélioration des formats physiques (Blu-ray lancé en 2006). En 2013, Netflix compte 33 millions d’abonnés streaming et abandonne progressivement les DVD. Blockbuster, fixé sur le modèle des magasins physiques, refuse d’acheter Netflix pour 50 millions de dollars en 2000 et dépose le bilan en 2010.

Le paiement mobile en Afrique

M-Pesa, lancé au Kenya en 2007 par Safaricom, permet de transférer de l’argent par SMS sans compte bancaire traditionnel. En 2023, le service compte 51 millions d’utilisateurs actifs et traite 314 milliards de dollars de transactions annuelles. Pendant que les pays développés se concentraient sur l’amélioration des cartes bancaires et distributeurs automatiques, M-Pesa a résolu le problème de l’inclusion financière en s’appuyant sur l’infrastructure mobile existante plutôt que sur le système bancaire classique. Aujourd’hui, 96% des foyers kenyans utilisent des services de paiement mobile.

La décimalisation des marchés boursiers américains

Jusqu’en 2001, les actions américaines se négociaient en fractions (1/8, 1/16 de dollar) héritées du système espagnol des « pièces de huit » du XVIIIe siècle. Cette convention subsistait malgré l’adoption du système décimal par les États-Unis en 1792. La Securities and Exchange Commission impose la décimalisation le 9 avril 2001, réduisant l’écart minimal entre cours acheteur et vendeur de 12,5 cents à 1 cent. Cette transition simple a économisé aux investisseurs environ 1 milliard de dollars annuellement en coûts de transaction, selon une étude de la SEC. Les professionnels de la finance avaient perpétué pendant deux siècles un système inefficient par simple habitude.

Comment déjouer/contrer le biais de fixation

Plusieurs stratégies permettent de contrer ce biais :

  • les pauses où l’on se distrait avec une autre activité favorisent les révélations soudaines au retour sur le problème ;
  • la persévérance demeure nécessaire car les solutions originales exigent temps et effort mental ;
  • limiter l’exposition aux exemples préserve l’ouverture du champ des possibles ;
  • la collaboration entre personnes aux expériences différentes élargit le spectre des approches ;
  • décomposer le problème en éléments simples libère la pensée créative ;
  • chercher l’inspiration dans des domaines éloignés génère des solutions non conventionnelles, comme le démontrent les initiatives de crowdsourcing où des participants extérieurs à l’organisation évitent les barrières restrictives liées aux normes établies.

Références scientifique

  • Christensen, P. R., Guilford, J. P., & Wilson, R. C. (1957). Relations of creative responses to working time and instructions. Journal of Experimental Psychology, 53(2), 82-88.
  • Kaya, F., & Acar, S. (2019). The impact of originality instructions on cognitive strategy use in divergent thinking. Thinking Skills and Creativity, 33, 100581.
  • Weisberg, R. W. (2019). Toward an integrated theory of insight in problem solving. Dans Insight and Creativity in Problem Solving. Routledge.
  • Beaty, R. E., & Silvia, P. J. (2012). Why do ideas get more creative across time? An executive interpretation of the serial order effect in divergent thinking tasks. Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts, 6(4), 309-319.
  • Gilhooly, K. J., Fioratou, E., Anthony, S. H., & Wynn, V. (2007). Divergent thinking: Strategies and executive involvement in generating novel uses for familiar objects. British Journal of Psychology, 98(4), 611-625.
  • Gilhooly, K. J. (2016). Incubation and intuition in creative problem solving. Frontiers in Psychology, 7, 1076.
  • German, T. P., & Defeyter, M. A. (2000). Immunity to functional fixedness in young children. Psychonomic Bulletin & Review, 7, 707-712.
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